Voici une petite réflexion au sujet du taf'... Malgré ce que disent nos présentations, on bosse... Et on bosse bien (je m'cire les pompes régulièrement, à défaut de m'les faire cirer : on n'est jamais si bien servi que par soi-même...).
blague à part, si, parmi nos chèr(e)s lecteurs (trices), y'en a qui bossent du côté de l'éducation, de la formation, de l'enseignement, ce p'tit texte est pour eux, et il est sans prétention... pour les autres, vous aurez l'occasion peut-être, lors d"une conversation, de dire que vous aurez lu au moins une fois un truc intelligent venant d'un prof....
Là où on bosse, nous avons choisi, pour application de la loi et au vu des besoins de nos usagers, de mettre en place un dispositif de formation centré sur l’élève – stagiaire, afin de répondre au mieux aux besoins individuels et singuliers de chacun d’entre eux.
Dans notre pratique quotidienne, cela nous conduit à adopter plusieurs postures pédagogiques très différentes les unes des autres :
Nous rencontrons chez nos élèves – stagiaires des problématiques différentes qui font appel non seulement à nos compétences professionnelles mais aussi à notre humanité pour tenter de les traiter. Il ne s’agit pas de soigner, il s’agit de comprendre des situations pour agir de la manière la plus efficiente possible.
On peut se poser la question, parfois, de notre propre implication affective dans cet accompagnement : où se trouve la frontière qui fait que nous agissons en tant que professionnels ? est-ce que, parfois, nous ne traversons pas cette barrière pour agir en tant qu’ami, proche ? est-ce là notre rôle ?
Dépasser cette frontière nous fait prendre des risques considérables :
des risques personnels : de n’avoir plus la capacité de prendre de la distance avec notre action et de voir notre vie privée « mangée » par notre vie professionnelle
des risques professionnels : de courir à l’erreur, voire à la faute par manque de discernement entre ce qui nous semble intimement juste et ce qui l’est en réalité, par rapport à la réglementation, ou simplement au bon sens pratique.
Qu’est-ce qu’être « professionnel » ?
Etre « professionnel », c’est agir avec :
Discernement : ne pas prendre à notre compte personnel des situations d’usagers que nous rencontrons et qui peuvent entrer en « résonance » avec notre propre histoire. Nous répétons souvent que nous ne sommes pas là pour « aimer » ou « être aimé ». Il est normal et humain que nous soyons davantage touchés, attendris voire affectés par certaines situations ou personnes rencontrées. Notre force est de pouvoir travailler avec ce sentiment mais sans l’utiliser : ce serait prendre en otage affectivement l’usager ou se faire prendre en otage soi-même. Nous devons effectivement nouer des liens avec les usagers, de confiance et de respect mutuel, mais ces liens doivent être protégés, notamment par notre capacité au discernement.
Distance : nous l’entendons souvent : nous sommes « passionnés », quelle équipe « passionnée » ! Chez les philosophes de l’Antiquité, la passion représentait la part instinctive et naturelle, presque animale de notre humanité, en opposition à la Raison, signe de notre humanité. La Passion est ce qui ne se raisonne pas, ce qui ne se maîtrise pas : nos sentiments, nos émotions. La Raison est le résultat de l’action de la conscience pour contenir la Passion. Tout le travail du professionnel est de réussir à juguler et à utiliser cette passion, ce « feu », et la transmettre à l’élève. Toute la difficulté réside dans la capacité du professionnel à bien identifier ce qui est du ressort de la passion professionnelle et ce qui est du ressort de la passion affective qui n’a pas sa place dans un travail pédagogique.
Justice : « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis » en toutes circonstances. Le professionnel doit se montrer égal dans ses attitudes avec chacun des élèves. Il est humain, comme écrit plus haut, d’avoir davantage d’affinités avec l’un plus qu’avec l’autre. Il est professionnel de ne pas le montrer. Le professionnel peut et doit faire avec son humeur du moment : notre attitude et notre position d’adulte responsable et crédible en dépendent. Le professionnel se doit d’informer chacun des élèves de ce qu’il entreprend avec eux, des objectifs de formation qu’il envisage, des modalités de mise en œuvre et d’évaluation de ces objectifs. Cependant, même si, dans le cadre d‘une individualisation, ces objectifs et modalités diffèrent d’un élève à l’autre, l’attitude du professionnel doit être neutre et égale avec tous. C’est le principe de justice.
Justesse : qu’entendre par « justesse » ? Nous devons gagner la confiance de nos élèves pour être mieux entendus et nous permettre d’avancer de concert avec eux. Mais mettre en confiance, inspirer confiance conduit facilement à créer des liens affectifs de dépendance que nous ne maîtrisons pas. La justesse, c’est garder la bonne attitude avec l’élève : que celui-ci nous accorde sa confiance mais qu’il nous voie toujours comme un accompagnant et non comme un ami, voire un parent. Notre passage dans sa vie, aussi court soit-il, le marquera longtemps : combien d’entre nous ont oublié leurs « profs » ? Notre rôle est d’apporter un savoir mais nous avons aussi valeur d’exemple par notre simple présence : à nous d’en préserver les limites dans nos actes et dans nos paroles. Aller au-delà serait manipulatoire.
Des outils ?
En fait peu d’outils d’accompagnement… On estime que, dès lors que nous avons reçu une formation pédagogique, nous avons les capacités à gérer nos relations avec les élèves de manière professionnelle. On sait par expérience, qu’une fois dans le « bain », nous avons parfois des difficultés à nous situer réellement dans ces situations. Nous ne les percevons pas toujours. La seule façon de réguler c'est de partager dès qu'il y a doute.
Et puis comme le
dit le Chat :"C'est en étudiant qu'on devient étudiant, c'est en commandant qu'on devient commandant et c'est en saignant qu'on devient enseignant"